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  • Sarah Ameye

Je ne suis pas prête à (re)vivre normalement...




Et ceux qui me connaissent le savent, je ne vis pas normalement...

Je n’entre pas dans les normes que la société attend de moi..

Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants, je n’ai pas de maison à moi, je ne cherche pas à vivre absolument en couple pour montrer aux autres que je suis digne d’être aimée ou que je compte pour quelqu’un... 

Et pourtant...

La société, le regard des autres, me font culpabiliser...

Débile ? Oui...

Mais réel, et malgré moi.. C’est une lutte interne quotidienne pour me rappeler les bonnes raisons que j’ai d’avoir choisis ce chemin.. Ou que ce chemin m’ait choisi, allez savoir...

Alors je ne suis pas prête à vivre normalement, encore moins après cette période que l’on vit. 

C’est terrible d’oser avouer que l’on vit bien le confinement, que l’on ne manque pas de la présence de l’autre, que l’on a de quoi s’occuper, une liste sans fin de choses qu’on a envie de faire. Pas que l’on DOIT, mais que l’on a envie! 

Alors aujourd’hui, je vis avec angoisse ce retour à la normale...

Ça m’angoisse de devoir repartir comme avant, à courir, à manquer d’air, à souffler quand je dois m’occuper de ma maison, quand je dois arroser mes plantes, faire mes lessives..

Des choses somme toute hyper banales, mais qui deviennent pesantes quand tu passes ta semaine à t’occuper des autres sans prendre le temps de t’occuper de toi.. Quand vient le week-end, la seule chose dont tu aspires, c’est au repos..; une journée passée à zoner est une journée perdue à mettre à jour ton existence.. Si je ne le fais pas, j’entre dans un cercle vicieux de stress et de tensions.. Si je me repose, c’est alors toute la mise à jour qui est reportée pour quand je serai en état..

J’entends de loin les commentaires, certes pertinents, qui diront: t’as pas d’enfants, tu n’as que toi à t’occuper, moi j’ai pas le temps de me poser la question, je suis obligée..

Peut-être oui, mais personnellement je n’ai pas signé mon existence pour être obligée à...

Prendre soin de moi est un luxe incroyable que la société nous prône mais qu’elle nous « empêche » de faire, par manque de temps.

Alors oui, je peux prendre ce temps là... Oui c’est sûr! Mais quelque chose au fond de moi tire dans l’autre sens en me disant « ce temps que tu prends pour toi, c’est du temps en moins avec les autres, pour les autres... »

Quel est, alors, le juste équilibre ?

Et comment faire pour retrouver une juste mesure en soi, pour être ok avec ce besoin vital et essentiel de prendre soin de soi, tout en continuant à m’occuper au mieux des autres.

Dans un avion qui dépressurise, la consigne c’est de mettre son masque à oxygène avant de s’occuper de celui de son voisin, enfants ou adultes.. Dans la vie, c’est la même chose. Si je n’ai pas d’oxygène, je ne peux pas en apporter aux autres.

Ce confinement a eu cet effet oxygénant: le calme dans la ville, la nature qui reprend ses droits et à juste titre, les animaux qui osent sortir alors qu’en temps normal ils ont peur de nous, de notre bruit. Le temps infini à la maison à comprendre ce qui nous arrive, à accepter cette situation et à en tirer les bénéfices. Parce que clairement des bénéfices, il y en a. 

J’ouvre une parenthèse pour excuser mes propos auprès de celles et ceux qui ont vécu un enfer chez eux: enfants maltraités, femmes violentées, familles en difficultés, sans possibilités de s’aérer, à vivre dans 25m2 à 6, enfants en soins psychiatriques se retrouvant confinés chez eux pendant deux mois alors qu’avant, un week-end c’était déjà l’horreur.. La liste est longue et je ne nie pas cette réalité. Pour ces personnes là, j’éprouve un immense respect et une empathie sans fin; mais aussi un sentiment d’injustice que cela puisse exister et qu’ils n’aient pas été mis au devant de la scène comme toutes les personnes qui l’ont été. Le déconfinement devient alors la porte de la délivrance, et évidemment que je le la leur souhaite. 


Pour moi, petite bobo ayant un toit, un endroit agréable et chéri pour vivre, de quoi manger en suffisance, des personnes qui m’aiment avec qui j’ai gardé le lien, pour moi cette situation de confinement a été vécue comme une parenthèse inattendue mais tellement bien venue. Pour mettre une pause à ce quotidien qui s’emballe, qui empêche de penser, qui nous pousse plus loin dans nos limites.. Ne pas comprendre que ce temps là est un cadeau serait, pour moi, un gâchis sans nom! Parce que si j’ose me plaindre de ma situation, quelle légitimité aurais-je ? Aucune! Pas le choix donc que de le vivre à fond. Pour pouvoir revenir et aider au mieux toutes ces personnes qui ont souffert et qui auront besoin d’écoute et de soutien. 

Mais je ne suis pas prête à retourner à mon rythme d’avant. Je ne suis pas prête à sacrifier mon temps pour des personnes qui n’ont pas pris le temps de garder le lien.. Je ne suis pas prête à dépenser mon argent dans des choses qui ne m’ont absolument pas manqué pendant deux mois.. Et je ne suis pas prête à mettre ceux que j’aime en danger sous prétexte que l’on peut se voir.. Parce que je ne comprend pas bien ce virus, mais je ne souhaite pas le connaître davantage et, surtout, je ne souhaite pas le partager autour de moi. 

Je suis prête à faire ce qu’il faut pour que l’on puisse revenir à une vie saine, une vie cohérente et sans risques. Je suis prête à prendre le temps de me poser les bonnes questions. Je suis prête à garder mes distances pour protéger tous les autres, la nature y compris. Je suis prête à prendre le temps, parce que j’ai le temps et que je laisse le temps à ceux qui n’en ont pas de sortir et d’être libre de situations éprouvantes. 

Je pense, enfin, que cette sortie de confinement m’angoisse parce qu’elle a été un marqueur essentiel de notre fonctionnement, ou de notre dysfonctionnement sociétal global.

Pendant des semaines, j’ai pu lire de magnifiques articles sur l’après, sur cet état de crise que vit la planète et qui doit cesser. On a été capable de tout stopper en une fois, on est donc capable d’entendre les messages de la planète et de cesser de la détruire. Mais j’ai peur que ce message ne soit pas entendu. J’ai peur de perdre ce petit espoir d’un lendemain meilleur pour un retour à une vie de consommation et d’excès. 

Un mantra me suit depuis longtemps: « Tu ne peux pas forcer les autres à suivre le même chemin que toi, tu peux simplement leur indiquer la direction.. » L’espoir qu’il me reste c’est que chacun, à notre niveau, on puisse indiquer un nouveau chemin à ceux qui nous entourent et les inviter à tenter l’aventure. Je ne me prend pas pour un modèle de vertu; j’ai des travers, comme tout le monde, on est humain et on le reste. Chercher la perfection à tous niveaux reste une illusion. Mais n’empêche que ce serait tellement désespérant que rien ne change après cela...

Tant de domaines ont été mis en avant et peuvent retourner derrière les rideaux sans que personne ne dise quoi que ce soit. Car les déséquilibres sociétaux sont visibles:

les métiers nécessaires, les métiers de l’humain sans lesquels personne n’aurait pu survivre à cette crise, mais qui sont bafoués depuis des années au nom de logiques économiques (peut-on rappeler à nos dirigeants que le social et les finances ne sont pas compatibles, ils peuvent être copains, mais sans plus);

les pics de pollution qui vont nous amener, un jour, à porter un masque à Bruxelles, non pas pour le Covid, mais parce que l’air est irrespirable;

la crise écologique qui est laissée à certaines personnes plus motivées que d’autres alors qu’elle nous concerne TOUS. Il n’y a pas de politique quand il s’agit d’écologie! Il ne peut pas y avoir des personnes pour dire « oui » ou « non », ce devrait être fédéral, européen, mondial comme prise de conscience.

Et puis cette volonté, cette énergie que les réseaux sociaux, les médias, mettent dans l’influence des personnes à consommer toujours plus; on se fait tellement vite avoir par ce que l’on voit que l’on oublie de se demander si l’on en a besoin ou même envie.

De même que cette faculté que ces mêmes médias ont eu à générer de la peur, de l’angoisse, à envahir l’espace médiatique avec cette crise sanitaire sans même parler de ce qui se passe dans le reste du monde: la famine ne s’est pas arrêtée, les pauvres dans nos rues sont toujours bien là, les gens meurent toujours du SIDA, d’Ebola, de la grippe, les dictatures continuent d’exister, les désastres climatiques continuent d’opérer, bref la vie a continuée sans que l’on en sache quelque chose... (Ceci est bien sur un mini rikiki résumé de tout ce qui est contestable dans notre mode de fonctionnement, mais que soit)

Non, définitivement, cette société ne peut continuer comme ça.. Sans doute, lui faudra-t-il aussi du temps... Mais le prendra-t-elle ? Qui aura l’énergie et l’audace de tenir tête à tout ça...? Le petit citoyen peut le faire, mais à un moment il va s’épuiser dans cette lutte sans fin... Mais si lui ne montre pas le chemin à prendre aux gouvernements, comment ce dernier pourrait-il l’emprunter, lui qui ne voit rien d’autre ? 


Alors clairement on ne restera pas confinés à vie, et ce n’est pas mon propos. Mais que l’on nous rassure sur un lendemain meilleur, c’est mon envie principale. Les défaitiste et autres pessimistes, je vous entends, je vous comprends, mais impossible pour moi d’entrer dans ces raisonnements. Je continuerai à vivre différemment, à vivre à contre courant, à mener ma barque comme je l’entends, que cela plaise ou non... En croisant les doigts pour que cette crise sanitaire soit « unique », ce qui ne me convainc pas mais que soit... En croisant les doigts pour que demain, les choses soient différentes, en mieux évidemment.. En croisant les doigts pour que nos modes de fonctionnement à l’excès soient revus à la baisse et que l’on puisse revenir à un mode de vie décent et que tout le monde, sur cette planète puisse, un jour, y accéder. En croisant les doigts pour que le monde prenne le temps de la réflexion, prenne le temps de penser et prenne le temps d’agir pour un bénéfice global! Comme le dit Nicolas Hulot dans sa campagne actuelle: #letempsestvenu

Alors je vous souhaite, à vous qui lisez ces lignes, de prendre le temps dont vous aurez besoin pour faire de votre lendemain quelque chose qui vous correspond à 100%...

Merci d’avoir pris ce temps et Bon déconfinement (ou non) à chacun(e)...

Sarah

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